Khara-Khoto : le Bouddha bleu du désert, conservé à Saint-Pétersbourg
Une ville tangoute abandonnée dans les sables de Mongolie intérieure, un explorateur russe en 1908, et une peinture du Bouddha de la médecine qui n’a presque pas été touchée depuis.

Sur la route de la soie, à la lisière du désert de Gobi, se trouvait une ville fortifiée : Khara-Khoto, « la ville noire » en mongol. Elle appartenait à l’empire des Tangoutes (Xixia), un royaume bouddhiste du XIe au XIIIe siècle, puis fut peu à peu abandonnée. En 1908-1909, l’explorateur russe Piotr Kozlov y découvre un stūpa rempli de textes et de peintures. Une grande partie de ce qu’il rapporte est aujourd’hui au Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.
Une peinture du Bouddha de la médecine
L’Ermitage conserve plusieurs peintures bouddhiques de Khara-Khoto datées du XIIe au XIIIe siècle. L’une d’elles représente le Bouddha de la médecine, peint sur toile selon un style qui mêle la peinture chinoise et la tradition tibétaine, deux mondes qui se rencontraient alors chez les Tangoutes. Les spécialistes la décrivent comme une rare peinture médiévale d’inspiration chinoise dans la tradition tibétaine ; elle est l’une des trois icônes de Khara-Khoto consacrées à ce sujet. Une image libre de droits est utilisée sur ce site.
Un royaume entre deux mondes
- Les Tangoutes parlaient une langue tibéto-birmane et avaient leur propre écriture.
- Leur bouddhisme empruntait au Tibet, à la Chine et à l’Asie centrale.
- Leur royaume fut conquis par les Mongols de Gengis Khan en 1227, mais la ville de Khara-Khoto n’a été abandonnée qu’au XIVe siècle.
Pourquoi c’est précieux
Cette peinture est un témoin rare du culte du Bouddha de la médecine sur la route de la soie au Moyen Âge, entre les peintures de Dunhuang, plus anciennes, et les grandes séries tibétaines postérieures.
Une restauration en cours
L’Ermitage a lancé un appel à soutien pour restaurer cette peinture, qui n’a pas encore été restaurée.
Incertitudes
La date exacte est donnée sous forme de fourchette (XIIe–XIIIe siècle). Les historiens discutent de la part respective des influences chinoise et tibétaine.
Sources
Musée de l’Ermitage, projet de restauration « Bhaisajyaguru » (inventaire XX-2332 / XX-2333) ; articles scientifiques sur la collection de Khara-Khoto (Wang, « Seeking the Pure Land in Tangut Art », Brill, 2022) ; Journal of Inner Asian Art and Archaeology, « Imagined Pure-Lands of Bhaisajyaguru by Chinese and Tanguts ».
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